Analyse financière Ambert 2014‑2026 : pourquoi il faut tourner la page
Nous, future équipe municipale 2026, proposons cette analyse pour expliquer simplement où en sont les finances de la ville et pourquoi il est urgent de changer de cap. Depuis deux mandats, Ambert vit avec une dette lourde, une épargne trop faible et des dépenses qui augmentent plus vite que les marges de manœuvre. Cela pèse déjà sur les impôts, sur la capacité à investir, et donc sur l’avenir de la commune.
Cette analyse s’appuie sur les chiffres de la Direction Générale des Finances Publiques (DGFIP) qui publie chaque année les comptes individuels des collectivités. Ce dispositif permet d’évaluer la santé financière de la commune, sa capacité à autofinancer ses dépenses, son niveau d’endettement, et la pression fiscale locale, en comparant ses principaux postes budgétaires à la moyenne des communes de taille similaire (strate de 5 000 à 10 000 habitants).
Le document relatif au budget de la commune d’Ambert (budget principal seul) pour l’exercice 2024 est à retrouver en annexe. Le même document pour l’exercice 2025 n’est pas encore paru, l’analyse s’appuie pour l’exercice 2025 et pour le budget 2026 sur les chiffres provisoires présentés en conseil municipal.
1. Un mandat 2014-2020 qui laisse un héritage déjà très lourd
En 2020, à la fin du mandat précédent, la situation est déjà très dégradée.
- Endettement explosif : La ville a une dette de 6 966 000 €, soit 997 € par habitant, ce qui représente environ 9 ans de désendettement si toute l’épargne y était consacrée, avec en plus une épargne nette négative.
- Autofinancement quasi inexistant : L’autofinancement, c’est l’argent qui reste une fois les dépenses courantes payées et qui permet de financer les travaux sans emprunter. En 2020, il ne suffit même pas à couvrir les remboursements de la dette.
- Charges de fonctionnement élevées : Les dépenses courantes (personnel, énergie, services…) sont déjà au‑dessus de la moyenne des communes de même taille.
- Fiscalité lourde : La fiscalité locale inclut une taxe foncière sur les propriétés bâties avec un taux voté de 42,08%, proche de la moyenne de la strate.
En résumé, le mandat précédent laisse une commune asphyxiée par la dette, qui ne peut plus investir sans emprunter davantage.
2. 2024 : la dérive continue sous le mandat actuel
Cinq ans plus tard, la situation ne s’est pas améliorée, au contraire, elle s’est aggravée.
- Endettement toujours massif : La dette atteint encore 6 557 000 € (956 € par habitant), soit environ 27% au‑dessus de la moyenne des communes comparables.
- Autofinancement très insuffisant : La capacité d’autofinancement nette n’est que de 379 000 €, soit 4,57% des produits, contre près de 10% en moyenne.
- Charges de personnel en forte hausse : En cinq ans, les dépenses de personnel augmentent de 18%, ce qui rigidifie le budget et laisse peu de marges.
- Investissements en berne : Les investissements par habitant (256 €) restent nettement en dessous de la moyenne nationale (441 €).
Le mandat actuel n’a donc pas redressé la barre : dette élevée, épargne trop faible, charges en hausse, investissements en retrait. La gestion actuelle est un échec.
Le verdict des chiffres : un effondrement prévisible en 2026
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Facteur |
Impact 2026 |
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Report de charges générales |
+183 564 € |
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Perte d’atténuations de charges |
+59 311 € |
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Perte de produits exceptionnels |
+84 890 € |
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Perte de dotations de l’État |
+196 930 € |
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IMPACT TOTAL |
+524 695 € |
Ces 524 695 € de détérioration de l’équilibre budgétaire sont la conséquence directe de la gestion 2025.
L’épargne s’effondre
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2024 |
2025 |
BP 2026 |
Évolution 2025→2026 |
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Épargne brute |
1 176 950 € |
1 588 170 € |
807 468 € |
-49,1% |
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Taux d’épargne brute |
14% |
18% |
9,4% |
-8,6 points |
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Remboursement dette |
852 963 € |
823 892 € |
833 506 € |
+1,2% |
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Épargne nette |
323 987 € |
764 278 € |
-26 038 € |
NÉGATIVE |
L’épargne nette redevient négative en 2026, ce qui signifie que la commune ne peut plus rembourser sa dette sans emprunter ou puiser dans ses réserves.
La capacité de désendettement se dégrade brutalement
Le ratio de désendettement double en un an, passant de 4 à 8 ans. C’est un signal d’alerte majeur : la commune retrouve en 2026 un niveau de fragilité comparable à celui de 2023.
3. 2025 et perspectives 2026 : un trompe-l’œil budgétaire
L’amélioration affichée en 2025 : des chiffres flatteurs mais trompeurs
Les chiffres provisoires de 2025 semblent montrer un redressement spectaculaire de la situation financière de la commune :
- ✓ Épargne brute en forte hausse : 1 660 570 €, soit +41% par rapport à 2024
- ✓ Taux d’épargne brute historique : 18%, contre 14% en 2024 et 10% en 2023
- ✓ Ratio de désendettement ramené à 4 ans, contre 6 ans en 2024 et 9 ans en 2023
- ✓ Épargne nette positive et élevée : 764 278 €, contre 326 787 € en 2024
Sur le papier, ces résultats pourraient laisser penser que la gestion municipale s’est considérablement améliorée et que la commune a enfin retrouvé des marges de manœuvre. Mais cette apparence est trompeuse.
La réalité cachée : un report massif de charges sur 2026
Une analyse détaillée du projet de budget primitif 2026 révèle une tout autre réalité : l’amélioration de 2025 a été obtenue en reportant artificiellement des dépenses inévitables sur 2026.
Les charges courantes (énergie, entretien, fournitures, contrats…) ont baissé de 70 437 € en 2025 par rapport à 2024. Or, ces charges sont incompressibles à moyen terme. Le budget 2026 prévoit un rattrapage brutal de +183 564 €, soit +10,1% en un an. Ce bond révèle que des dépenses nécessaires ont simplement été différées en 2025 pour afficher artificiellement de meilleurs résultats.
Les atténuations de charges correspondent principalement aux remboursements et subventions reçues pour des dépenses de personnel (emplois aidés, mises à disposition…). La perte de 59 311 € prévue en 2026 (-28,3%) pèsera directement sur l’équilibre budgétaire.
En 2025, la commune a exceptionnellement vendu du patrimoine pour un montant de 72 400 €, gonflant artificiellement les recettes de fonctionnement de +72 000 €. Cette recette est par nature non reconductible : une fois le patrimoine vendu, il n’y a plus rien à vendre. Le budget 2026 prévoit d’ailleurs zéro euro de produits exceptionnels.
L’année 2025 a bénéficié d’une hausse exceptionnelle de +272 315 € des dotations de l’État, soit +10,9%. Cette hausse ne reflète pas une tendance durable, mais plutôt un effet de rattrapage ponctuel. Le budget 2026 prévoit une baisse de 196 930 € (-7,1%), en raison notamment de la baisse de la DCRTP (Dotation de Compensation de la Réforme de la Taxe Professionnelle), environ -77 000 €, le gel de la DGF (Dotation Globale de Fonctionnement), la réforme du FCTVA (perte estimée entre 30 000 € et 50 000 €)
4. Bilan des deux mandats (2014-2020 et 2020-2026) : 12 ans d’immobilisme et de gestion à vue
On peut résumer l’évolution des principaux indicateurs ainsi :
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Indicateur |
2019 |
2025 |
2026 |
Évolution |
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Endettement |
6 966 000 € (997 €/hab) |
6 506 000 € (960 €/hab) |
6 522 000 € (963 €/hab) |
Stabilité trompeuse : poids toujours très élevé |
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Capacité d’auto-financement |
Épargne nette négative |
Épargne nette |
Épargne nette |
Retour à la case départ |
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Charges de personnel |
3 984 000 € |
4 796 000 € |
5 068 000 € |
+27% en 7 ans : hausse structurelle lourde |
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Capacité de désendettement |
9 ans |
4 ans |
8 ans |
Dégradation brutale en 2026 |
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Taux d’épargne brute |
13% |
18% |
9,4% |
Chute de moitié entre 2025 et 2026 |
Verdict : 12 années perdues
- La dette n’a quasiment pas baissé : -444 000 €, soit -6,4% seulement, alors que la strate moyenne a désendetté beaucoup plus vite.
- Les charges de personnel ont explosé : +1 084 000 € (+27%), rigidifiant structurellement le budget et réduisant les marges.
- L’autofinancement reste insuffisant et volatile : amélioration fragile en 2025, effondrement immédiat en 2026.
- Les investissements restent modestes : la commune manque de capacité pour financer des projets structurants sans emprunter.
Conclusion : deux mandats de gestion attentiste, sans stratégie de redressement. La commune reste fragile, exposée, avec des marges de manœuvre très limitées.
L’amélioration affichée en 2025 n’est qu’un trompe-l’œil budgétaire, obtenu en reportant des charges inévitables sur 2026 et en recourant à des recettes exceptionnelles non reproductibles. Le retour à une épargne nette négative dès 2026 en est la preuve formelle.
5. Perspectives 2026 et au-delà : les risques d’une gestion inchangée
Un fonds de roulement qui s’effondre
Le document de préparation budgétaire 2026 révèle une donnée alarmante : le fonds de roulement prévisionnel devient négatif à -1 260 512 €.
Le fonds de roulement, c’est la trésorerie disponible de la commune pour faire face aux décalages entre encaissements et décaissements. Un fonds de roulement négatif signifie que la commune risque de se retrouver en difficulté de trésorerie en cours d’année.
Conséquences concrètes :
- Recours accru à la ligne de trésorerie (emprunt à court terme), générant des frais financiers
- Risque de retards de paiement aux fournisseurs
- Impossibilité de faire face à un imprévu sans dégrader encore plus la situation
Les investissements 2026 : un plan déséquilibré
Les dépenses d’investissement prévues (2,46 M€) dépassent largement les recettes disponibles (1,20 M€). Le déficit de 1,26 M€ devra être couvert par :
- La consommation des réserves (si elles existent encore)
- Un recours supplémentaire à l’emprunt (aggravant la dette)
- Le report ou l’abandon de projets
Avec une épargne nette négative, la commune n’a plus les moyens de sa politique d’investissement.
Les choix budgétaires 2026 : révélateurs d’une gestion à bout de souffle
Entre la première version du budget 2026 (présentée le 19/01/2026) et la version révisée (09/02/2026), la municipalité a dû corriger le tir pour éviter un désastre budgétaire encore plus visible :
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Version BP 2026 |
Épargne brute |
Épargne nette |
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V1 (19/01) |
524 094 € |
-309 412 € |
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V2 (09/02) |
807 468 € |
-26 038 € |
Comment ont-ils amélioré l’apparence du budget en 20 jours ?
L’analyse des écarts entre les deux versions montre principalement :
- Une réduction de 85 272 € des charges à caractère général (chapitre 011)
- Une augmentation de 82 600 € des recettes estimées
Mais cela ne change rien au problème de fond : même après ces ajustements cosmétiques, l’épargne nette reste négative. La commune ne peut plus autofinancer le remboursement de sa dette.
6. Nos engagements : une rupture nécessaire et concrète
- Face à cette situation, nous, nouvelle équipe, voulons rompre avec cette gestion d’attente et de report. Nos engagements pour un redressement durable :
- Demander, dès notre arrivée, un audit indépendant des finances de la ville, réalisé par les services de l’État afin de confirmer notre analyse en toute impartialité, et rendre publiques les conclusions de cet audit pour qu’elles servent de base à un plan de redressement transparent.
- Désendetter d’au moins 150 000 € par an : Vendre le patrimoine inutile, consacrer une part significative de l’épargne au remboursement, limiter les nouveaux emprunts.
- Maîtriser les charges de personnel (+1% par an maximum) : Ne pas remplacer systématiquement tous les départs, adapter les effectifs, externaliser certaines fonctions support quand c’est plus efficace, développer la mutualisation avec la Communauté de Communes
- Investir intelligemment : Priorité à l’eau, l’assainissement, la transition énergétique, la rénovation des bâtiments, en cherchant au maximum des subventions.
- Mieux utiliser chaque euro public : Mieux recouvrer les recettes, valoriser le patrimoine, ajuster les tarifs des services municipaux de façon juste.
Il est temps de tourner la page. Nous proposons une rupture claire : transparence, désendettement progressif, maîtrise des charges, investissements intelligents, optimisation des recettes. Ambert mérite une gestion responsable, courageuse et tournée vers l’avenir, pas un statu quo qui reporte les problèmes sur les générations futures.
L’objectif est clair : sortir de la fragilité financière et préparer l’avenir sans faire payer encore plus tous les habitants.